Théâtre et mémoire

Découvrir ce qui en nous en toile de fond se trame. 

Est-il possible de retrouver la mémoire dans une société qui fait tout pour nous rendre amnésiques. Travailler plus pour ignorer plus. Se souvenir n’est-ce pas commencer d’abord par oublier ? Oublier ce qui nous accapare quotidiennement, nos projets, nos objectifs, notre poursuite du bonheur. Fuite en avant appuyée par des croyances arbitraires sur le possible et l’impossible. Faisceaux de stratégies où la mémoire et le hasard n’ont plus leur place et nous isolent du monde. Retrouver ce qui s’est perdu n’est ce pas aussi prendre le temps d’écouter de ce qui secrètement est à l’oeuvre ?

Le passé est toujours présent à travers nos émotions
.
Ces angoisses, les colères, les tristesses qui prennent possession de nous, sont souvent les réminiscences de conflits passés sans cesse remis en jeu dans notre quotidien. Venus de notre théâtre intérieur, des personnages intrusifs parlent et agissent à travers nous. Des visiteurs, un père , une mère , un proche prennent ainsi possession de notre être et le perturbent d’autant plus que nous restons inconscients de leur présence Comment ne plus dériver et reprendre pied dans ce théâtre d’ombres ? Parmi eux solitaire, se trouve l’enfant que nous avons été. Il attend notre venue. La peur d’être emporté par notre ce monde intérieur incontrôlable nous éloigne de lui. L’histoire avec ses traces dans notre mémoire et notre corps est pourtant notre meilleure alliée. Avec les yeux de l’enfant, nous pouvons revisiter les certitudes, les idées reçues et les décisions qui ont déterminé notre vie. Régénérer par ces découvertes notre parole peut alors libérer les mots de leur chargent de mémoire.

Reconnaitre ce qui en soi est, ne nous appartient pas et (en) nous à part tient.

Quand ce n’est plus le discours libéral qui s’exprime sournoisement à travers nous, quand ce n’est plus l’autre qui nous fait exister, quand on abandonne plus cette part de soi à la famille, aux amis, au clan, dans l’intention d’être accepté, reconnue, part de soi donné en pâture, sujette à  prédation, alors il est possible de retrouver à la place vacante ce qui nous habite, notre héritage. Les ancêtres retrouvent leur liberté et dansent en nous. Quand l’identité ne se recherche plus dans le rejet de l’héritage, dans l’aspiration à l’originalité et qu’elle accepte ce qui est, un pas est fait vers notre libération. Aller à la rencontre de son héritage s’est reconnaitre ce qui en soi est, ne vous appartient pas et (en) nous à part tient. C’est reconnaitre ce qui nous fait bouger, ce moi qui est les autres.

Un face à face avec nous-mêmes.

Une des fonctions essentielles du théâtre est de nous inviter à nous engager sur ces chemins inverses de traverse où les repères tanguent. La mémoire est une terre d’accueil peuplée de spectres, fantômes, revenants. Le véritable comédien les accueille. Il est traversé par une multitude d’êtres qui parlent et travaille son corps ouvert et malléable comme l’argile. Il s’offre aux autres et les invite à entrer en lui. Le public peut dès lors entrer en scène et se découvrir face à face avec lui même. Le théâtre nous redonne alors un visage. Il donne le recul nécessaire à la lecture du monde et nous ancre dans la qualité d’un présent amène de fonder l avenir ou notre humanité chaque jour mis à mal, se revivifie.

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A propos Nicolas Allwright

Comedien, musicien, auteur
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